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Un think tank américain veut lancer une guerre contre la Russie pour un remake à l'ukrainienne de la sardine qui a bouché le port

remake à l'ukrainienne de la sardine qui a bouché le port

Tout Français qui connaît ses classiques a déjà entendu la fameuse expression de la sardine qui a bouché le port de Marseille, devenue le symbole de l'exagération typique des habitants de la ville (et ce même si l'expression est basée sur une histoire vraie qui a été déformée à cause d'une faute de frappe).

Et bien il faut croire que certains en Ukraine et aux États-Unis doivent avoir des origines marseillaises pour s'être lancés ainsi dans une surenchère délirante digne de cette histoire de sardine. Cette fois, ce n'est pas le Vieux Port de Marseille qui aurait été bouché, mais le détroit de Kertch ! Et en guise de sardine, c'est le pont, que la Russie est en train de construire au dessus du détroit, qui est accusé de tous les maux.

Après les protestations du 11 août du ministre des Affaires étrangères ukrainien concernant la restriction de circulation maritime imposée par la Russie le temps d'installer les arches du pont (à peine quelques jours d'interruption), voilà que les autorités ukrainiennes se sont lancées dans une surenchère de complaintes.

Voilà maintenant, qu'ils prétendent que le pont de Kertch est une grande menace pour les ports de Marioupol et Berdyansk, car selon ces autorités, il ne laisserait passer que des bateaux de 10 000 tonnes maximum. Une catastrophe pour les ports de la Mer d'Azov. Selon eux, cela serait dû à une nouvelle restriction de la taille des bateaux pouvant franchir le détroit, qui passerait d'un maximum de 200 m de long, à 160 m. Les autorités ukrainiennes imputent cette nouvelle limitation à la fédération de Russie, et indique que cela interdirait 23% des cargos, qui transportaient 43% du tonnage du port de Marioupol.

Certains articles, comme celui de Marioupol.tv vont même encore plus loin dans la galéjade, en affirmant que la hauteur sous les arches qui est de 35 m (et non 33 m comme indiqué dans l'article ukrainien), empêcherait les bateaux de type Panamax de passer sous le pont et donc de pouvoir desservir le port de Marioupol, ce qui entraînerait une chute de 30 % du trafic maritime dans ce même port. Histoire d'en rajouter une couche dans le catastrophisme, le site affirme même que cela mettrait en péril la livraison d'un million de tonnes de fonte à destination des États-Unis qui devait normalement être envoyées depuis le port de Marioupol.

L'article conclut de nouveau sur les pertes entraînées par les quelques jours durant lesquels tout trafic maritime était interrompu à cause de la pose des arches (sans aborder le fait que la Russie a aussi des ports dans la Mer d'Azov qui ont été impactés par ces interruptions). En sachant que ces jours de fermeture du détroit étaient annoncés à l'avance, il n'était guère compliqué de réorganiser le trafic maritime, soit vers d'autres ports comme Odessa, soit de reporter la livraison d'un jour ou deux. Rien de dramatique donc, contrairement à ce qu'affirment ces articles délirants, qui imputent à la Russie une volonté de détruire économiquement les ports ukrainiens de la Mer d'Azov.

Résultat, un think tank américain, l'Atlantic Council, propose ni plus ni moins que de déclarer la guerre à la Russie, en envoyant les navires de guerre américains dans la Mer d'Azov pour soi-disant obliger la Russie à débloquer le détroit, tout ça à cause de cette histoire de galéjade à l'ukrainienne.

Car en y regardant de plus près, un certain nombre de points de détail viennent gripper quelque peu la mécanique de la propagande ukrainienne et américaine.

La Russie a cinq ports dans la Mer d'Azov localisés après le pont : Rostov, Eïsk, Temriouk, Azov, et Taganrog. Sans être de très grands ports (Rostov est à la 16e place en tonnage parmi tous les ports russes), ils ont quand même une importance économique non négligeable pour l'économie des villes concernées, avec un tonnage annuel total de 29,1 millions de tonnes en 2016, dont 12,9 Mt rien que pour Rostov.

C'est presque trois fois plus que le tonnage officiel de Marioupol et Berdyansk, et très certainement 10 fois le tonnage réel de ces ports, selon des experts qui se basent sur l'activité observée dans ces derniers.

Il est évident que le pont de Kertch a été conçu pour que les ports russes de la Mer d'Azov puissent continuer à travailler sans perte économique. Si ces ports, qui gèrent un tonnage annuel d'au moins trois fois celui de Marioupol et Berdyansk peuvent continuer à travailler, on voit mal, comment ces deux ports, plus petits en terme de tonnage, pourraient souffrir aussi lourdement qu'annoncé par l'Ukraine de la construction de ce pont.

La seule nouvelle restriction est de 35 mètres de hauteur au-dessus du niveau de l'eau. Cela empêche en effet certains bateaux de franchir le détroit (certains Panamax, les très grands bateaux de croisière, les porte-avions américains…), mais ça laisse quand même passer certains vraquiers de 50 000 tonnes, et non 10 000 tonnes comme l'affirment les Ukrainiens.

Concernant les bateaux plus gros, le problème n'est pas tant la hauteur au dessus du niveau de l'eau, que la profondeur du détroit. En effet, si la hauteur de 35 m laisserait passer certains vraquiers d'environ 100 000 tonnes, ils ne peuvent de toute façon pas franchir le détroit de Kertch à cause de la faible profondeur de ce dernier :

Profondeur de la Mer d'Azov

Pour franchir le détroit de Kertch (entouré en rouge sur la carte), il faut avoir moins de 8 mètres de tirant d'eau, donc même avant la construction du pont de Kertch, il était déjà impossible pour le port de Marioupol de recevoir des Panamax, dont le tirant d'eau est de 13 à 15 m !!!

Et contrairement à ce que certains médias délirants comme DW rapportent, sans vérifier ce qu'on leur raconte, non la limite de 8 m de tirant d'eau n'est pas nouvellement imposée par la Russie, c'est une contrainte liée à la topographie sous-marine ! La Russie n'est en rien responsable de la faible profondeur d'eau dans le détroit. Au contraire d'ailleurs, puisqu'à l'époque impériale puis à la fin des années 1960, le canal a été dragué pour augmenter sa profondeur, qui n'était auparavant que de 6,4 m ! Si depuis les années 70 la profondeur maximum du détroit à certains endroits est de 9-9,75 m, la limite de navigation est à 8 m depuis cette époque. Rien de neuf sous le soleil donc.

Concernant la longueur des navires, la seule limitation de longueur qui existe, et qui est mentionnée sur les sites officiels russes, est de 252 m (sur ordre du ministre des transports du 21/10/2015 № 313), en hausse même par rapport à 2014, où la limite était de 215 m. La seule contrainte pour les bateaux de plus de 215 m est qu'ils doivent franchir le détroit de jour et tractés par un remorqueur. Autrement dit, en fait de nouvelles restrictions, certains navires auparavant interdits d'accès à la Mer d'Azov y sont désormais autorisés.

De plus un vraquier de type Panamax transporte environ 80 000 tonnes, en sachant que Marioupol et Berdyansk ont des tonnages annuels officiels d'environ 7 Mt et 3 Mt, on voit mal (en dehors même du facteur du tirant d'eau) comment ces ports pourraient soi-disant vivre du trafic régulier de ce genre de vraquiers (leur tonnage annuel serait alors très très supérieur à celui annoncé). Il suffirait de 86 Panamax pour faire le tonnage annuel du port de Berdyansk ! On voit bien là le ridicule des affirmations ukrainiennes sur le pourcentage de bateaux touchés par la construction du pont de Kertch.

La capitainerie du port de Kertch, dont la déclaration du 23 août est déformée par les médias ukrainiens pour coller à leurs délires, indique clairement que la situation du port de Marioupol n'est en rien due à de nouvelles restrictions qui n'existent pas, mais à la conjoncture économique de l'Ukraine.

Grâce au site MarineTraffic, on peut voir les bateaux qui se trouvent dans la Mer d'Azov. En regardant les bateaux qui desservent Marioupol ou Berdyansk, on découvre que ceux qui ont le plus gros tirant d'eau sont le Sabahat Sonay, en route de Marioupol vers Haïfa, il transporte 9 490 tonnes au maximum et a 7,8 m de tirant d'eau (9,3 m quand il est chargé au maximum, ce qui est impossible pour pouvoir traverser le détroit de Kertch) ; et le BENCET C, qui part de Marioupol et va en Italie, transporte jusqu'à 13 675 tonnes et a 7,9 m de tirant d'eau (9,5 m en charge maximale).

En regardant le trafic aujourd'hui, j'ai découvert un cargo d'environ 20 000 tonnes, le Federal Oshima, qui se rend à Marioupol, et qui, avec ses 4,8 m de tirant d'eau et ses presque 200 m de long, n'a eu aucun problème pour franchir le détroit de Kertch et passer sous le pont (les arches étant déjà installées, la limitation en hauteur est déjà d'actualité). À l'heure où j'écris ces lignes il se trouve dans la mer d'Azov et vogue vers Marioupol.

Tout cela montre bien que le chargement maximum moyen en mer d'Azov est d'environ 12 000 tonnes, et parfois 20 000 tonnes. Les longueurs des bateaux visibles sur MarineTraffic dépassent rarement les 140 m, mais atteignent exceptionnellement les 200 m comme dans le cas du Federal Oshima (et on peut voir d'ailleurs que la soit disant limitation en longueur de 160 m annoncée par l'Ukraine est du flanc puisque ce bateau a franchi le détroit et est passé sous le pont sans problème).

Alors déclarer comme le fait la presse ukrainienne que les ports de Marioupol et Berdyansk vont perdre du trafic parce qu'ils ne pourront pas charger et décharger des vraquiers de 50 000 tonnes ou des Panamax, qui ne peuvent de toute façon pas franchir le détroit de Kertch, pont ou pas pont, c'est du mensonge à l'état pur.

Les déclarations des autorités portuaires ukrainiennes au journal allemand Deutsche Welle, annonçant une taille moyenne des bateaux 175 m par 27 m de haut, et avec un tirant d'eau moyen de 9,6 mètres sont des mensonges purs et simples. On ne peut pas charger un Panamax dans un port de la Mer d'Azov, pont ou pas, à cause de la limite de 8 m de tirant d'eau du détroit. Les cinq vraquiers allant ou venant des deux ports ukrainiens de la Mer d'Azov au moment de l'enquête avait un tirant d'eau moyen de 5,6 mètres (et un tirant d'eau maximum légèrement supérieur mais bien loin des 9,6 m annoncés).

Pour finir de démontrer le ridicule des affirmations de Kiev, des médias ukrainiens comme Strana.ua, avaient mentionné le bateau ESRA C, comme exemple de navire bloqué par la soi-disant nouvelle limite de 160 m (il fait 175 mètres et presque 20 000 tonnes de chargement). Or le bateau, en provenance d'Italie (parti le 2 septembre de Trieste) a franchi sans problème le détroit, est passé sous le pont et est arrivé hier à Marioupol sans encombre (il s'y trouve toujours actuellement). Là niveau fake news on atteint un niveau stratosphérique !!!

Propagande ukrainienne sur le pont de Kertch

Il est également intéressant de noter en regardant ce site MarineTraffic, que la plus grosse partie (au poins les 3/4 sinon plus) du trafic de la Mer d'Azov concerne les ports russes et non les deux ports ukrainiens.

Revenons maintenant au délire d'Atlantic Council d'envoyer les navires de guerre américains pour obliger la Russie à lever le blocage du détroit de Kertch qui n'existe que dans la tête d'officiels ukrainiens qui sont mûrs pour l'asile psychiatrique.

Tout l'article est délirant et démontre que l'auteur (Stephen Blank) ne sait pas de quoi il parle et déverse juste sa russophobie maladive. Mais le plus drôle réside dans sa proposition d'envoyer la marine américaine dans la Mer d'Azov. Car comme ce monsieur n'étudie pas son sujet avant d'écrire, il ignore que les portes-avions américains ont un tirant d'eau d'environ 12 m, les destroyers un peu plus de 9 m, et les croiseurs de 10 m. Même les sous-marins d'attaque américains ont un tirant d'eau supérieur à 9 m et ne pourraient pas passer même en faisant surface.

En clair, les navires de guerre américains, sont bien trop gros pour franchir le détroit de Kertch et seraient bien en peine de se rendre dans la Mer d'Azov pour débloquer quoi que ce soit, pont ou pas pont !!! Le plus gros navire américain qui pourrait franchir le détroit serait une frégate. Avec ça, pas sûre que la Russie soit impressionnée en quoi que ce soit…

Ce think tank, que l'on peut classer sans se tromper dans la case va-t-en guerre, n'en est pas à son premier essai délirant concernant la Russie. En début d'année ils avaient pondu un article, toujours sur le pont de Kertch, affirmant que le projet du pont avait été élaboré dans la précipitation (alors que le projet était prévu depuis 2010, sic), qu'il est mal conçu et ne résistera pas à la glace (confondant les ingénieurs actuels avec ceux de 1944 qui avaient commis des erreurs de conception qui se sont avérés fatales pour la première version du pont, erreurs que les ingénieurs modernes ne referont pas), et enfin que ce pont a été construit sans aucun égard pour l'environnement, alors que des mesures significatives ont été prises pour préserver toute la faune locale.

Voilà le genre de « stratèges américains » qui veulent déclencher une guerre entre les États-Unis et la Russie (toutes deux puissances nucléaires), sur base d'une galéjade à l'ukrainienne. Incapables de vérifier les informations, et surtout incapables de vérifier si leurs plans guerriers sont réalisables, ils se ridiculisent totalement.

Ce serait du plus grand comique, si ces gens là n'avaient pas la capacité de pousser des gouvernement à suivre leurs plans débiles, et à se lancer dans une une guerre avec une puissance nucléaire, pour un remake à l'ukrainienne de l'histoire de la sardine qui a bouché le port.

Christelle Néant d'après une enquête de Nicolas Dissident

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Comments: 1 Comment

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  • Comment by Mich Elm on 11 Sep 2017

    Article ciselé comme jamais ! Un tel professionnalisme va finir par te faire gagner le prix Pulitzer, MissChris !

    Chapô et réverence.

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