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L'Ukraine choisit la voie de la dictature et de la guerre, alors que les autorités perdent totalement le contrôle du pays et la raison

L'Ukraine s'effondre, inexorablement, et plus rien ni personne n'est en mesure d'arrêter ce train fou qui fonce vers le gouffre. Et si certains pensent que la situation est déjà suffisamment grave et qu'il ne faut pas faire de catastrophisme, Dmitry Orlov dans son dernier article traduit par le Saker francophone donne tout de suite le ton : ça va encore empirer.

« Nous avons une nation en faillite et effondrée, en guerre avec elle-même. Elle est gérée par des voleurs, qui interfèrent avec le fonctionnement de son réseau électrique en jouant avec des fournisseurs clés, afin de satisfaire les fanatiques « nationalistes », tout en se gavant simultanément sur la bête. Vous auriez raison de penser que cette situation est plutôt mauvaise. Mais peu importe la façon dont les choses sont mauvaises, il est toujours possible de les rendre encore pires. »

Son analyse rejoint totalement celle que j'énonce depuis des mois : les décisions « nationalistes » des autorités ukrainiennes actuelles mènent le pays au suicide collectif pur et simple. Je vous encourage d'ailleurs à aller lire son article en entier, car il est très instructif, entre autre sur les conséquences de ces décisions sur le réseau électrique ukrainien, et les risques pour la sécurité nucléaire que ces décisions font peser sur l'ensemble du continent européen.

Et si certains se demandent pourquoi cette idéologie est mortifère, Orlov l'explique par le fait que l'identité culturelle ukrainienne est en fait celle de la victimisation permanente. Si quelque chose va mal ce n'est pas de leur faute, c'est toujours de celle des autres. Malheureusement on ne peut avancer avec une mentalité pareille. Lorsqu'on est incapable de tirer les leçons de ses erreurs, on est condamné à les répéter sans fin jusqu'à la mort.

« L’identité culturelle ukrainienne est très spécifiquement fondée sur les griefs et les victimes. Elle n’a jamais été un véritable pays, mais un complément, dans le meilleur des cas, à la Russie, ou, à défaut, à la Pologne, à la Roumanie, à l’Autriche-Hongrie ou à l’Allemagne nazie, des épisodes de l’État ukrainien qui ont été des épisodes d’occupation étrangère (non russe). Pour le dire simplement, il n’y a rien du tout de positif, dans l’identité nationale ukrainienne : il s’agit de grief et de ressentiment, pour se sentir le mieux possible, et le résultat de cette source de malentendus est l’émotion autodestructrice et le sang, ce que nous voyons maintenant en plein écran dans les villes ukrainiennes et sur les champs de destruction du Donbass. »

Et comme pour donner raison à Orlov sur l'évolution à venir de la situation, les autorités ukrainiennes viennent de prendre plusieurs décisions plus aberrantes les unes que les autres. Enfin, aberrantes quand on les regarde du point de vue d'une personne saine d'esprit. Car il ne faut pas se leurrer, ces décisions sont dictées par la peur des autorités ukrainiennes, qui sentent le pays et la situation en général échapper à leur contrôle (comme on a pu le voir le 9 mai avec ces défilés de la Victoire illégaux), et qui essayent par ces mesures de reprendre un semblant de contrôle pour pouvoir continuer à se gaver sur la bête encore un peu.

Celle qui fait actuellement le plus de bruit sur les réseaux sociaux et les médias alternatifs, est tout juste annoncée froidement par les médias français, sans l'once d'une dénonciation de ce qui est ni plus ni moins que la mise en place d'une dictature numérique en Ukraine. Seule la fédération européenne des journalistes s'est émue jusqu'ici de cette décision.

L'Ukraine vient en effet d'interdire pour trois ans Yandex, VK, OK et Mail.ru entre autre, alors que ces sites sont parmi les plus utilisés par les Ukrainiens. Le réseau social VK est utilisé par 12 millions d'Ukrainiens, bien loin devant Facebook, Mail.ru compte 25 millions d'utilisateurs, et Yandex 11 millions. Pas vraiment une paille.

Et alors que si la même décision avait été prise par la Russie, la Chine, ou la Corée du Nord, tout le monde aurait hurlé à la dictature, là silence… Certains essayent même de justifier cela, comme l'OTAN qui estime qu'il ne s'agit pas d'une atteinte aux libertés, mais d'une question de sécurité nationale. Sic.

Si les médias français ont annoncé, tel Le Monde, cette décision aberrante de Porochenko, étrangement le journaliste qui a signé ce papier (ce cher Benoit Vitkine) s'est mystérieusement abstenu de dénoncer vigoureusement ce qui est ni plus ni moins qu'une atteinte grave à la liberté d'expression qui lui est soit-disant si chère qu'il la défend systématiquement quand elle concerne la Russie. Deux poids deux mesures. Faites ce que je dis mais pas ce que je fais.

En se taisant sur cette violation flagrante d'un droit inscrit pourtant dans la déclaration universelle des droits de l'homme, l'UE et ses médias se compromettent définitivement. À vouloir à tout prix continuer de couvrir leur marionnette ukrainienne, ses patrons en viennent à montrer leur véritable visage. L'UE n'a rien d'une démocratie, cela n'est qu'un paravent que l'on sort lorsqu'on en a besoin. Pour le reste : circulez y a rien à voir.

En plus de risquer de provoquer un mécontentement populaire qui pourrait faire violemment vaciller le pouvoir de Porochenko en privant des millions d'Ukrainiens des moyens de garder contact avec leurs proches, et en montrant ouvertement sa nature dictatoriale, cette décision va entraîner de nouvelles pertes financières lourdes pour l'Ukraine, dont l'économie va déjà très mal.

Car pour mettre en place le blocage total voulu par les autorités, les fournisseurs d'accès internet doivent mettre en place un pare-feu digne de celui de la Chine. Cela leur prendrait un voire deux ans et coûterait un milliard de dollars d'après le président de l'association internet d'Ukraine, Alexandre Fediyenko. Sans compter le fait que les gens vont chercher et trouver des moyens de contourner (comme l'utilisation de VPN).

Et en plus des réseaux sociaux, l'Ukraine a interdit certains logiciels, comme ceux de Kaspersky, ou le logiciel comptable 1C, qui est utilisé par 80 % des sociétés ukrainiennes. Passer à un nouveau logiciel en urgence va coûter cher et pourrait entraîner la faillite des petites et moyennes entreprises ukrainiennes dont l'état n'est déjà pas bien florissant. En clair, cette décision va accélérer l'effondrement économique de l'Ukraine.

Un peu plus discrètes ont été deux autres décisions, qui sont elles-aussi symptomatiques d'une dérive dictatoriale flagrante de l'Ukraine. La première c'est l'interdiction pure et simple, sous peine d'amende ou d'arrestation, du ruban de Saint Georges. Les défilés citoyens du 9 mai en Ukraine semblent être restés en travers de la gorge de Porochenko, et ont montré que la propagande ukrainienne avait ses limites. D'où le blocage des portails internet russes, pour empêcher les Ukrainiens d'y voir la vérité.

La deuxième concerne l'église orthodoxe du Patriarcat de Moscou, sur laquelle deux projets de loi ont été élaborés et doivent être votés par la Rada. Le premier veut donner aux autorités de Kiev le pouvoir de nommer les métropolites et l'épiscopat. En clair, le pouvoir temporel veut pouvoir imposer sa vision de la politique au pouvoir spirituel. En plus de la dictature numérique, voilà la dictature religieuse en marche.

Et le deuxième projet de loi veut faciliter la bascule du Patriarcat de Moscou vers celui de Kiev, en offrant à chaque communauté de croyants de pouvoir voter à la majorité simple pour changer d'église orthodoxe, avec transfert des biens immobiliers. En clair les bâtiments mêmes des églises seraient saisis par l'église orthodoxe du Patriarcat de Kiev, qui n'est reconnue par aucune autre église orthodoxe je le rappelle. En langage simple ça s'appelle du vol.

Pendant ce temps-là, l'armée ukrainienne continue d'augmenter le nombre de bombardements sur les deux républiques populaires du Donbass, avec 54 violations du cessez-le-feu durant les dernières 24 h en République Populaire de Donetsk (RPD).


Les nombreux tirs (186 obus d'artillerie et de mortiers lourds tirés en trois heures à peine cette nuit sur Spartak, Yassinovataya et Kroutaya Balka) ont endommagés ou détruit quatre habitations en RPD, et fait un blessé parmi les civils. En République Populaire de Lougansk (RPL), un soldat a été blessé ces dernières 24 h.

Bombardements au Nord de Donetsk

Les infrastructures vitales ont aussi été touchées. Ainsi la station d'épuration de Donetsk a de nouveau été la cible de tirs intensifs, qui ont obligé les employés à aller se réfugier dans l'abri anti-bombardements. Pour l'instant les tirs continus les empêchent de quitter la zone de la station. Et à Telmanovo, la station de pompage a été touchée par des tirs directs (donc délibérés), qui l'ont endommagée, interrompant son fonctionnement et privant d'eau la localité.

Cette stratégie, et le manque de considération des autorités ukrainiennes pour la vie des habitants du Donbass, fait craindre aux autorités de la RPD le risque d'une attaque ukrainienne sur des sites contenant de nombreux produits chimiques, qui aurait des conséquences écologiques désastreuses des deux côtés de la ligne de front.

L'Ukraine s'effondre et c'est la voie de la guerre et de la dictature qu'elle a choisie pour que les autorités actuelles restent encore un peu au pouvoir, le temps de s'en mettre un maximum dans les poches. Ce qu'il adviendra ensuite du pays, peu leur importe. Après eux le déluge ! Et le peuple ukrainien qui aura cru au mirage paradisiaque du Maïdan, se retrouvera coincé dans l'enfer de la dictature d'un pays en pleine désintégration.

Christelle Néant

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Comments: 1 Comment

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  • Comment by Moreau on 19 May 2017

    Belle narration
    Les Ukrainiens qui vivent en dehors du Donbass ont ils eux mêmes conscience de cette situation ?
    J'imagine que le pouvoir actuel s'efforce de réduire les vecteurs d'information à ceux qui vont dans son sens.

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