3

Porochenko, le « président de la paix » dont l'armée a violé 38 393 fois le cessez-le-feu en trois ans dans le Donbass

Guerre et paix

Il y a des déclarations qui poussent à se pincer pour vérifier que l'on ne rêve pas (ou plutôt cauchemarde pas) après les avoir lues ou entendues. Celle où Porochenko s'est présenté comme étant le « président de la paix », lors du Yalta European Strategy (YES) meeting, est certainement à classer dans le top des déclarations cyniques (ou à vomir selon la solidité de votre estomac) de chefs d'État.

« Je suis le président de la paix, nous voulons la paix - et c'est pourquoi nous sommes concentrés sur la promotion de notre initiative depuis deux ans d'envoyer des casques bleus dans le Donbass, » a ainsi déclaré le président ukrainien.

Sauf qu'en regardant de près cette « initiative » on découvre qu'en réalité son but est d'appliquer la solution Croate dans le Donbass. En clair : désarmer les Républiques Populaires de Donetsk et de Lougansk (RPD et RPL) avant de procéder à l'épuration ethnique, le tout couvert par le silence des casques bleus et de l'ONU. Les précédents ne manquent pas en ce domaine : Yougoslavie et Rwanda, entre autre.

D'ailleurs les autorités ukrainiennes font un parallèle troublant, concernant le nombre de casques bleus à déployer, en indiquant qu'il fallait se baser sur ce qui avait été fait dans les Balkans (sic) pour calculer le nombre de casques bleus nécessaires.

Et quand on voit le chiffre donné de 40 000 à 60 000 casques bleus, soit deux à trois fois le nombre de casques bleus en République Démocratique du Congo, et une fois à une fois et demie la FORPRONU qui avait été déployée en Croatie (là aussi entre autre pour désarmer certaines zones, et durant le mandat de laquelle a eu lieu le massacre de Srebrenica), il y a de quoi se poser des questions sur le but réel de cette mission de maintien de la paix ! Avec un tel effectif, cette force de l'ONU serait en effet équivalente à la moitié de l'armée ukrainienne présente dans le Donbass !

Lors de ce forum, Porochenko a aussi déclaré que les traités internationaux valent moins qu'une charge nucléaire et que l'Ukraine ne devrait pas rester non alignée. Si ça c'est un discours de paix, alors c'est que le sens des mots a bien changé.

Je ne parlerai même pas des accords de Minsk qui piétinent totalement depuis leur signature. Aucun point n'ayant été réalisé en plus de trois ans, depuis les premiers accords (qui datent du 5 septembre 2014).

En plus de trois ans de cessez-le-feu (mis en place dès les premiers accords de Minsk), l'armée ukrainienne a violé ce dernier à 38 393 reprises !

Trois ans de violations du cessez-le-feu par l'armée ukrainienne

Seules de nouvelles trêves conclues à chaque fois lors des groupes de contact à Minsk ont réussi à faire diminuer le nombre de bombardements d'un mois sur l'autre, sans jamais parvenir à un réel cessez-le-feu durable.

Et l'Ukraine n'est pas en reste niveau imagination pour élaborer de nouveaux moyens de saboter les discussions à Minsk. La dernière lubie des représentants ukrainiens pour éviter toute discussion est de ne même pas se présenter aux réunions prévues à Minsk, comme aujourd'hui, lors du groupe de contact concernant la sécurité. Effrayés, semble-t-il, par les révélations et informations que les représentants de la RPD et de la RPL au sein du Centre Conjoint de Contrôle et de Coordination du cessez-le-feu (CCCC) allaient fournir, les représentants ukrainiens ont préféré ne pas venir assister à la réunion !

Commentant sa visite à New York (où il est allé mendier des armes aux États-Unis, qu'il semble avoir obtenues d'après ses dires), Porochenko a tenu à affirmer que l'Ukraine ne voulait attaquer personne (sic).

« Nous avions besoin de faire beaucoup de choses à New York, et notre réunion n'était pas juste à propos des armes défensives, bien que cela va augmenter de manière significative nos capacités de défense. Nous ne voulons attaquer personne, cela nous dégoûte, » a déclaré Porochenko.

Cela les « dégoûte » tellement qu'ils attaquent le Donbass tous les jours depuis le printemps 2014. Les soldats ukrainiens sont tellement « dégoûtés » d'attaquer, qu'ils bombardent surtout les civils du Donbass. Comme l'a si bien déclaré cette dame pourtant pro-Ukraine à Donetsk :


Cette dame a d'ailleurs confirmé qu'il n'y a pas d'armée russe dans le Donbass, contrairement à ce qu'affirment les autorités ukrainiennes pour justifier leur « Opération Anti-Terroriste », contre des terroristes qui n'en sont pas et un envahisseur russe qui n'est même pas là.

Cette rhétorique de l'agresseur russe ayant été incluse jusque dans la proposition de résolution ukrainienne sur l'envoi d'une mission de casques bleus dans le Donbass, la Russie a tenu à signaler que c'est une mauvaise stratégie lorsque l'on veut soi-disant négocier la paix.

« Avec une position selon laquelle la Russie serait un agresseur, bien sûr, cela laisse peu de marge de manœuvre. Cette position est absolument contraire à l'état réel des choses. La Russie ne fait pas partie de ce conflit, elle joue, avec d'autres pays connus, le rôle de garant de la mise en œuvre des documents fondamentaux (…) des accords de Minsk », a ainsi déclaré Dmitri Peskov lors d'une conférence de presse.

C'est clair que ce n'est pas en diffamant l'un des membres permanents du conseil de l'ONU (qui a un droit de veto), et en exigeant à tout prix une extension du mandat des casques bleus au-delà du raisonnable (comme cette lubie de les déployer à la frontière entre l'Ukraine et la Russie où il n'y a aucun combat), que Kiev va réussir à faire passer sa proposition de résolution, ou faire croire qu'elle est pour la paix.

Ce n'est pas non plus en votant des lois pour interdire l'enseignement en langue russe dans tout le pays, alors que la moitié de la population l'a pour langue maternelle, que les autorités ukrainiennes vont prouver qu'elles cherchent la paix. Au contraire. Il faut rappeler que c'est une loi presque semblable (le retrait à la langue russe de son statut de langue régionale) qui avait mis le feu aux poudres et déclenché la guerre civile qui ravage le Donbass depuis plus de trois ans !!!


Si l'UE et le président ukrainien ne mettent pas leur veto à cette idiotie, le pays court droit à l'explosion pure et simple. Pourrait-on imaginer en Belgique que l'une des deux grandes communautés linguistiques (flamande ou française) interdise à l'autre d'enseigner dans sa langue ? Non bien sûr, cela déclencherait une guerre civile si c'était le cas. Eh bien là, c'est exactement ce que vient de faire la Rada : jeter une allumette de plus sur la flaque d'essence déjà répandue sur l'ensemble de l'Ukraine.

Ce n'est pas en attisant la haine contre les russophones et les Russes, que les autorités ukrainiennes vont promouvoir la paix dans le pays ! Même la Commission Européenne contre le Racisme et l'Intolérance du Conseil de l'Europe a fini par publier un rapport où elle admet à demi-mots, que depuis que le conflit dans le Donbass a éclaté, les discours de haine et la rhétorique russophobe s'étaient développés dans le pays. Même si elle cherche à les minimiser, cette commission a été obligée de mentionner des cas de harcèlement ou d'agressions contre des russophones ou des russes ethniques.

Refusant toute contestation de leur pouvoir, les nouvelles autorités post-Maïdan de l'Ukraine sont en train de provoquer l'éclatement du pays. Pas seulement dans l'Est, mais aussi à l'Ouest.

L'ex-chef des services de renseignement ukrainiens, Nikolaï Malomouj, a ainsi déclaré que Lvov serait prête à se soulever contre Kiev ! D'après lui, la ville bouillonne sous l'action de Saakachvili, de Lyashko, et des forces d'opposition au gouvernement, avec le risque que cela dérape en affrontements armés comme dans l'Est du pays en 2014. Il a appelé le gouvernement et les forces d'opposition à se mettre à la table des négociations pour éviter de répéter dans l'Ouest de l'Ukraine le même scénario que dans le Donbass.

Mais galvanisé par les promesses de livraisons d'armes létales par les États-Unis, et empêtré dans sa novlangue, je doute que Porochenko soit prêt à discuter avec Tymochenko et Saakachvili, ou à appliquer les accords de Minsk, sans même parler de poser son veto à cette loi sur la langue d'enseignement.

Après tout, pour lui la guerre c'est la paix, l'esclavage c'est la liberté, et appliquer les accords de Minsk, c'est bombarder sa population civile. Vive la novlangue. Les déclarations délirantes de Porochenko confinent de plus en plus à l'abject, au cynique, à l'ignoble...

Et pendant que ce président illégitime prétend vouloir la paix, son armée continue de bombarder chaque jour les civils du Donbass, dont le seul tort est d'avoir exprimé leur refus du coup d'état du Maïdan, et fait valoir leur droit à l'autodétermination, pour quitter un pays qui ne veut manifestement plus de sa population russophone.

Christelle Néant

DONI actus

Comments: 3 Comments

3

Comments

  • Comment by Théo Chapaate on 22 Sep 2017

    Merci pour tes articles. Tu es bien la seule dans ce cloaque merdiatique a faire honnetement ton travail.

  • Comment by Bertrand on 22 Sep 2017

    Bonjour, je découvre votre site et vos articles que je les trouves très intéressant.

    Il se dégage, de l'affaire Ukrainienne comme d'autres, que l'on pourrait quasiement faire une géopolitique de la mauvaise foi...

    Je voudrais rebondir sur l'exemple de la Belgique et de ses communautés linguistiques.

    La guerre civile suppose, pour moi, une certaine culture et une acceptation de la violence qui n'est pas la même chez les belges ou les ukrainiens. De plus, les valeurs que véhiculent les langues en Belgique ne sont pas les même qu'en Ukraine à mon avis.

    Par exemple, j'imagine que d'empêcher à un ukrainien russophone de pratiquer le russe, c'est comme si, dans son esprit, ont enputait son "territoire de coeur" de près de 17 millions de km² et 146 millions de compatriotes où encore qu'on le place dans un "camps" qui n'est pas son choix.

  • Comment by felix on 22 Sep 2017

    Franchement on se moque de qui à la fin? Poroshenko veut la paix en Ukraine comme les USA et la G.B veulent la paix en éliminant Daesh en Syrie et Iraq. Je me pose encore cette question. Est ce qu'ils nous prennent pour des cons ou ils se foutent de nous? Ces mensonges à ciel ouvert deviennent déjà exaspérants.

Post a comment

View More