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Maïdan 3.0 - La tentative d’arrestation de Saakachvili tourne au fiasco et risque de se retourner contre Porochenko

L’arrestation de Saakachvili tourne au fiasco © REUTERS/Gleb Garanich

Comme on pouvait le craindre, la pression faible mais constante de Mikheïl Saakachvili contre Petro Porochenko a eu raison de la patience et du bon sens de ce dernier.

La tentative d’arrestation de Saakachvili aujourd’hui a en effet de bonnes chances de coûter cher au président ukrainien, car il a offert à l’ex-président géorgien le rôle de victime, voire de martyr, sur un plateau d’argent.

Tout commence ce matin avec la publication dans plusieurs médias de vidéos et de photos où on a pu voir Saakachvili perché sur les toits et menaçant de sauter du 8e étage, après que l’unité Alpha du SBU ait forcé la porte de son appartement pour y mener une perquisition (en violation de la loi d’après l’avocat de l’ex-président géorgien Rouslan Chernoloutsky, qui signale que le SBU n’a pas autorisé Saakachvili à appeler ses avocats).

Ioulia Tymochenko a pris (sans surprise) la défense de Saakachvili, en dénonçant les actions du SBU comme étant illégales, et l’arrestation de l’ex-président géorgien comme rien de moins que de la « terreur politique ».

Cette perquisition visait à trouver des preuves du financement des manifestations organisées par Saakachvili contre Porochenko par des proches de Viktor Ianoukovytch. Le procureur général ukrainien, Iouri Loutsenko, accuse Saakachvili d’avoir reçu 500 000 $ de l’oligarque Sergueï Kourtchenko, un proche de Ianoukovytch, pour organiser les manifestations contre Porochenko un peu partout en Ukraine, et finalement prendre le pouvoir.

Le SBU a publié de son côté une déclaration indiquant que Saakachvili était accusé de complicité avec les membres d’une organisation criminelle et de dissimulation de leur activité en leur fournissant un abri et d’autres moyens. L’ex-président géorgien risque jusqu’à cinq ans de prison.

Arrestation de Saakachvili

© Valentyn Ogirenko Source: Reuters

Le SBU finit par arrêter Saakachvili, le menotte, le fait descendre du toit, l’emmène dans la rue, et là tout se complique. Comme lors du passage de la frontière entre la Pologne et l’Ukraine, les soutiens de Saakachvili viennent au secours de l’ex-président géorgien, et bloquent littéralement la rue, empêchant ainsi le SBU de l’emmener.

Des heurts éclatent alors entre les manifestants réclamant la libération de Saakachvili et les forces de l’ordre, faisant plusieurs blessés parmi les soutiens de l’ex-président géorgien. Finalement les manifestants vont forcer la portière de la voiture où le SBU a enfermé Saakachvili, et libèrent ce dernier.

Blocage de la rue

© Gleb Garanich Source: Reuters

Et au lieu de partir se réfugier dans un lieu secret, Saakachvili est allé devant la Rada exiger une fois de plus la démission de Porochenko, et accuser le SBU et le procureur général ukrainien de « provocations ». Saakachvili refuse de quitter la place tant qu’il n’aura pas obtenu gain de cause.

Les soutiens de Saakachvili exhortent les habitants de Kiev à prendre les rues de la ville et de soutenir la demande de démission du gouvernement. Ils exigent la démission non seulement de Petro Porochenko, mais aussi du chef du SBU et du procureur général. Saakachvili menace de faire venir des dizaines de milliers de personnes face à la Rada.

Saakachvili devant la Rada

© Valentyn Ogirenko Source: Reuters

Clairement, en tentant d’arrêter Saakachvili, Porochenko a commis une faute stratégique majeure. L’ex-président géorgien peut maintenant jouer officiellement les victimes de la répression politique de Porochenko. Il a d’ailleurs été pleurer auprès des organisations internationales ad-hoc pour se faire plaindre et obtenir leur soutien. De son côté, l’ambassade américaine à Kiev a demandé de calmer la situation via Twitter.

Le directeur de l’institut d’analyse politique ukrainien, Rouslan Bortnik a d’ailleurs averti que ce qui s’était passé pourrait mener à des manifestations de grande ampleur à Kiev, et que maintenant, c’est Saakachvili qui a pris l’avantage. Pour Bortnik, la situation pourrait devenir totalement imprévisible, et va dépendre, entre autre, de la réaction de la Rada face à cette demande de destitution du Président ukrainien.

Il est rejoint par Frantz Klintsevitch, sénateur russe, qui a commenté la situation en déclarant qu’en tentant d’arrêter Saakachvili pour tentative de coup d’état, alors qu’elles sont elles-mêmes issues d’un coup d’état, les autorités de Kiev viennent ni plus ni moins que de se « flageller » elles-mêmes.

En attendant, ces dernières sont toujours bien décidées à mettre la main sur Saakachvili. Après l’arrestation de neuf personnes qui ont aidé Saakachvili à s’enfuir et la désignation par Loutsenko de huit députés qui seraient aux aussi impliqués, le procureur général a indiqué que l’ex-président géorgien a 24 h pour se rendre aux forces de l’ordre. Faute de quoi c’est de force qu’elles viendront le chercher pour l’amener devant la cour. Dans la soirée, le procureur général a d’ailleurs mis Mikheïl Saakachvili sur la liste des personnes recherchées.

Mais conscient du risque de dérapage total de la situation, Loutsenko à appeler à ne pas disperser les manifestants stationnés devant la Rada par la force. Si Porochenko faisait cette erreur là, elle pourrait bien lui être fatale.

En l’état actuel des choses, les prochaines 24 h pourraient être décisives pour la réalisation ou non de ce nouveau Maïdan 3.0, et la situation à Kiev doit être surveillée de près.

Christelle Néant

DONI actus

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