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Loi de réintégration du Donbass - Quand l'Ukraine post-Maïdan pratique l'art du seppuku politique à l'échelle de tout un pays

Loi de réintégration du Donbass

Depuis le Maïdan de 2014, plus le temps passe, et plus les décisions politiques des nouvelles autorités à Kiev semblent tout droit sorties de l'esprit d'un fou échappé d'un asile psychiatrique.

Et la fameuse loi de réintégration du Donbass ne fait pas exception à la règle. Après de multiples mois de rebondissements lors de la rédaction du projet de loi, ce dernier, avant même le premier vote à la Rada, a déjà donné de quoi se poser des questions sur la santé mentale de ceux qui l'ont rédigé.

Car pour appeler la Russie un pays agresseur occupant le Donbass, alors que le pays en question possède la deuxième armée la plus puissante au monde, le tout sans l'ombre d'une preuve de l'invasion russe imaginaire, il faut aimer jouer avec le feu, ou être profondément masochiste.

Quand en plus, lors du premier vote de la loi, on enlève la mention concernant les accords de Minsk, qui était quasiment le seul point rappelant la nécessité de résoudre le conflit de manière pacifique, cela revient à transformer cette loi en déclaration de guerre à peine masquée, contre la Russie, et en promesse officielle de génocide contre les Républiques Populaires de Donetsk et de Lougansk (RPD et RPL).

Et alors que l'on pensait avoir touché le fond en termes de bêtise politique concernant cette loi, certains députés ukrainiens viennent de prouver qu'en ce domaine, l'Ukraine a de la marge et continue de creuser…

Le deuxième vote de la loi était prévu pour début novembre, mais avec environ 2 000 amendements déposés après la première lecture du projet de loi, la deuxième lecture a été repoussée, le temps d'étudier tout cela. Le temps aussi pour certains de ces amendements de fuiter dans la presse.

Le tout avec moult rebondissements sur le fait de savoir si ou non tel ou tel amendement a réellement été soumis et par qui. Mais d'après les informations publiées sur le site de la chaîne ukrainienne 112, il semble bien que des députés du parti Oukrop (parti nationaliste) aient ajouté un amendement appelant les autorités ukrainiennes à cesser les relations diplomatiques avec la Russie d'ici trois mois.

« En fait, un tel amendement a été déposé et M. Vinnik a dit qu'il était d'accord avec cet amendement, c'est sa position personnelle. Tout ce qui sera adopté par la commission sera recommandé pour être voté ou rejeté, mais la position finale sera prise par le parlement, donnant 226 voix pour cela. Cet amendement existe, il a été soumis par un groupe de députés du parti politique Oukrop, où ils demandent au Cabinet de rompre les relations diplomatiques avec la Russie dans les trois mois », a ainsi déclaré Andriy Teterouk, député du Front Populaire.

Petro Porochenko a bien sûr tout de suite pris ses distances avec une proposition aussi radicale (il ne faut pas oublier que Porochenko fait aussi des affaires en Russie). C'est par la voix d'Ivan Vinnik, l'un des députés du Bloc Petro Porochenko que la position du président ukrainien a été communiquée.

« La seule chose que je peux vous dire c'est que le président ne soutient pas l'idée de rompre les relations diplomatiques avec la fédération de Russie - l'idée que j'ai suggérée au comité. Elle reste à l'étude. Nous déciderons des modalités plus tard », a ainsi déclaré Vinnik.

Mais plusieurs voix se sont fait entendre pour rappeler que le parlement ukrainien ne pouvait pas prendre une telle décision dans un simple amendement inclus dans une loi sur la réintégration du Donbass, dont Irina Loutsenko, la représentante du président ukrainien a la Rada.

« La question de la rupture des relations diplomatiques peut être réglée par une loi séparée, une procédure, mais pas par un simple amendement pour permettre à quelques forces patriotiques de faire leur auto-promotion », a ainsi déclaré Irina Loutsenko.

« Cela devrait être une loi totalement différente et les députés qui ont soumis cette stratégie au président devrait proposer une loi séparée s'ils envisagent une telle possibilité. Cela devrait être une loi, avec une procédure claire sur le travail des administrations, l'ouverture ou la fermeture de la frontière et beaucoup de problèmes de procédures. Ce n'est pas le sujet de la loi sur la dé-occupation du Donbass », a-t-elle poursuivi.

Comme on le voit, comme lors de la première lecture, cette loi continue d'attiser les tensions entre les forces politiques les plus radicales et celles qui le sont moins à la Rada, avec le risque que, comme lors du premier vote, les forces les plus radicales imposent leur agenda à coup de violence et de blocus du parlement.

Cette nouvelle lubie de Kiev a bien sûr fait réagir la Russie, qui s'est exprimée à travers plusieurs représentants, pour souligner le côté délirant et suicidaire d'une telle mesure.

« Si cette fois-ci la décision est prise, cela compliquera la situation et surtout nuira aux intérêts des habitants, tant de l'Ukraine que de la Russie », a ainsi déclaré Dmitri Peskov, le porte-parole du Président russe.

Il a néanmoins tenu à rappeler qu'une telle rupture des relations diplomatiques entre les deux pays serait une décision unilatérale de Kiev, et que ce ne serait pas la première décision contre-productive prise par l'Ukraine.

« C'est une affaire souveraine de l'Ukraine. L'Ukraine a adopté ces dernières années de nombreuses décisions aux conséquences des plus négatives pour le règlement du conflit dans le sud-est du pays », a-t-il ajouté.

Cet amendement contiendrait aussi une mention ordonnant la saisie des biens russes en Ukraine, qui a fait réagir le vice-ministre des Affaires étrangères russe, Grigori Karassine.

« C'est une question très sérieuse, nous allons l'étudier attentivement, » a déclaré le diplomate. « Si les autorités de Kiev rompent les relations diplomatiques avec la Russie, elles causeront du tort à des millions de citoyens ukrainiens », a-t-il ajouté.

« Si cela [la rupture des relations diplomatiques] arrive, alors ce serait un nouvel opus dans la série de décisions relevant de la folie politique et de l'irresponsabilité [de la part de l'Ukraine], » a poursuivi Karassine. « Ces gens n'arrivent pas à comprendre ce qu'est la réalité et à réaliser qu'ils pourraient en premier lieu causer du tort à des millions de leurs propres citoyens, » a souligné le diplomate.

Un point de vue partagé par Maria Zakharova, la porte-parole du ministre des Affaires étrangères russe, qui a souligné que Kiev ne pense pas aux conséquences d'une telle décision pour les millions d'Ukrainiens qui travaillent en Russie (sans parler du fait qu'historiquement la rupture des relations diplomatiques précède ou accompagne souvent une déclaration de guerre).

« Ce n'est pas un nouveau problème, il est parfois ramené à la vie en Ukraine, et cela est fait directement quand il y a besoin de distraire l'attention du public des problèmes [internes] croissants, » a ainsi déclaré Maria Zakharova.

« Nous continuons de surveiller les événements en Ukraine, » a-t-elle souligné. « Nous espérons que le bon sens prévaudra, mais cet espoir s'évanouit. »

Pour ma part cela fait longtemps que tout espoir de voir les autorités ukrainiennes post-Maïdan retrouver leur bon sens s'est envolé, pour ne jamais revenir, devant l'évidence.

Si cet amendement passe à la trappe, cela ne sera que partie remise, car comme l'a souligné Maria Zakharova, cette proposition est régulièrement remise sur le tapis par les forces les plus radicales du pays. Jusqu'au jour où elles arriveront à l'imposer à Porochenko, comme elles l'ont fait avec le blocus total du Donbass.

À l'horloge de l'auto-destruction de l'Ukraine, Kiev se rapproche de plus en plus dangereusement de minuit, et personne ne semble capable d'enrayer ce seppuku collectif.

Christelle Néant

DONI actus

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