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Les civils du Donbass n'aspirent qu'à vivre en paix, et trouvent la mort sous les obus ou dans les pièges posés par l'armée ukrainienne

Des fleurs dans des obus

Début juin, nous nous sommes rendus à Alexandrovka, un village à la périphérie Sud-Ouest de Donetsk, qui est régulièrement bombardé par l'armée ukrainienne.

Nous nous sommes longuement entretenus avec la directrice de l'école. Une école marquée par la guerre. Beaucoup de fenêtres sont brisées ou manquantes, le toit a été endommagé, et la façade Ouest reçoit encore parfois des éclats d'obus tirés par l'armée ukrainienne depuis Maryinka (alors que l'école est à 1,8 km de la ligne de front).

Façade Ouest de l'école

Origine des bombardements

Malgré ces destructions, et la peur qu'un jour un de ses élèves soit victime de ces bombardements quasi quotidiens, la directrice reste une femme profondément pacifique. Tout au long de l'entretien que nous avons avec elle, ses paroles d'une grande sagesse prouvent qu'ici ne vivent pas des terroristes, ou des gens assoiffés de guerre et de sang, mais bien des gens normaux, qui n'aspirent qu'à la paix.

Elle a ironisé entre autre sur les disputes entre la Russie et l'Ukraine concernant leur histoire commune par un parallèle très juste : « La Princesse Anne, en France, est-elle russe ou bien ukrainienne ? […] C’était notre arrière-grand-mère, elle est Slave, c’est le Russe, le Biélorusse, c’est comme si mes deux petits-fils discutaient de qui suis-je la grand-mère, de l’un ou de l’autre. N’est-ce pas ? »

Voilà ce qui arrive quand on réécrit l'histoire, pour ériger en ennemis des peuples qui sont frères. Ni elle, ni les enfants de son école n'ont de haine envers le peuple ukrainien. Tous, jusqu'aux élèves de l'école de ce village, savent que c'est avant tout un problème issu des nouvelles autorités du pays.

Des autorités à qui elle tient à rappeler que leur place ne durera pas éternellement et qu'au lieu de semer la mort et la destruction, elles feraient bien d'occuper leur mandat de manière plus positive.

« Nous vivons une seule vie et comprenez-vous, comme on disait, si tu t’élèves de la boue vers la royauté, retiens bien que c’est la boue qui est éternelle et non le prince. Aujourd’hui tu es le Président, le chef et demain quelqu’un d’autre viendra à ta place. Comprenez-vous, tout change dans le monde et il faut laisser après soi une trace, quand on te remerciera et on ne se souviendra que du bien, » a-t-elle déclaré.

Visionner l'ensemble de l'interview :


Et pendant que tous ici aspirent à retrouver une vie paisible, les dernières 24 h ont été marquées par trois nouvelles tragédies qui ont frappé les civils des deux républiques populaires.

Hier, à 23 h, en République Populaire de Donetsk (RPD), l'armée ukrainienne a de nouveau bombardé le village de Kominternovo, dans le Sud de la république. L'un des obus a grièvement blessé à la tête une jeune femme de 19 ans, qui est morte sur place.

En République Populaire de Lougansk (RPL), c'est un piège posé par un groupe de saboteurs ukrainiens près du village de Jeltoye (à quelques kilomètres du village où une voiture de l'OSCE avait sauté sur une mine) qui a tué un civil de 48 ans sur un chemin menant à la rivière Seversky Donets.

Et cet après-midi, l'armée ukrainienne a bombardé Yassinovataya, blessant grièvement une femme de 81 ans. L'obus lui a arraché un bras et une jambe, et la femme a été emmenée à l'hôpital dans un état critique.

Et une nouvelle preuve que l'armée ukrainienne vise délibérément les infrastructures civiles est venue s'ajouter avant-hier lors du bombardement de l'internat sanatorium N°14 de Yassinovataya.

Après qu'un drone ait survolé la zone, l'école a été bombardée par l'armée ukrainienne. En temps normal 88 enfants se trouvent dans l'école, et 50 pendant le camp d'été. Heureusement, le bombardement ayant eu lieu le samedi, les enfants étaient sur la place Lénine pour participer aux festivités, évitant d'ajouter des enfants à la liste macabre des victimes civiles des dernières semaines.

Le survol par un drone et les 4 km qui séparent l'école des positions de l'armée de la RPD les plus proches excluent tout tir accidentel, prouvant s'il en était encore besoin, que l'armée ukrainienne tire délibérément sur les infrastructures civiles, comme les écoles et les hôpitaux.

Les stations de pompage et de filtration d'eau, et les conduites d'acheminement sont aussi des cibles de choix, comme l'ont prouvé les bombardements des FAU de la semaine passée sur la localité de Vassilievka. Depuis le début du conflit, la conduite de Yujnodonbassky qui passe par cette localité a déjà subit 56 bombardements, obligeant la station de pompage à cesser de fonctionner à 11 reprises.

Heureusement, lors des nombreux abandons de positions par l'armée ukrainienne la semaine dernière, celles qui se trouvent en face de Vassilievka ont fait partie des positions laissées à l'armée de la RPD. Cette dernière occupe donc désormais ces anciennes positions ukrainiennes, permettant ainsi de mettre plus de distance entre l'armée ukrainienne et la station de pompage de Vassilievka, et d'empêcher ainsi les bombardements de cette zone avec des armes légères.

Pendant ce temps-là, à Kiev, les autorités ukrainiennes prennent les gens pour des idiots avec cette proposition de loi visant à réintégrer le Donbass tout en fixant un cadre légal pour cela (plus vaseux comme formulation on ne trouve pas), mais sans annuler les opérations militaires qui ont lieu dans le Donbass pour autant. En clair Kiev veut faire croire qu'elle fait un pas vers la résolution pacifique du conflit, sans le faire réellement.

Un piège tendu au Donbass

Ce projet de loi inclurait une procédure plus simple pour que les retraités du Donbass touchent leur retraite et rétablir le commerce avec certaines régions, mais dans le même temps interdirait la tenue d'élections locales avant « dé-occupation » du Donbass, alors que les élections en questions sont prévues dans les accords de Minsk-2 AVANT la restitution du contrôle des frontières à l'Ukraine. Et que de plus les accords de Minsk ne mentionnent aucune occupation ou dé-occupation du Donbass (et à juste titre puisque le Donbass n'est occupé par personne à part ses habitants).

De plus ce énième délire législatif made in Kiev ayant été fait sans concertation avec la RPD et la RPL, comme le prévoient pourtant les accords de Minsk, ces dernières l'ont bien sûr rejeté, puisqu'il va à l'encontre même du principe de ces accords. Sans parler du fait que pour que le Donbass réintègre l'Ukraine il faudrait rétablir la confiance entre les deux parties. Or Kiev ayant toujours trahi sa parole, les deux républiques populaires ne sont pas prêtes à faire confiance à Kiev, et voient cette annonce comme une énième tentative de piéger la RPD et la RPL.

Les civils du Donbass ont beau appeler la paix de leurs vœux, il semble malheureusement clair que cette dernière va se faire attendre encore longtemps faute de volonté politique aussi bien à Kiev, qu'à Paris, Berlin, Bruxelles et Wahsington.

Christelle Néant

DONI actus

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  • Comment by Michel Mouchart on 20 Jun 2017

    Que Dieu vous protège des " forces du Malin " qui vous menacent sans cesse ! Amen !

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