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Le SBU torture la compagne d'un expert russe enquêtant sur le drame du MH17 - L'Ukraine veut-elle étouffer la vérité ?

Dans l'Ukraine post Maïdan, l'enlèvement de civils innocents, leur emprisonnement sans charges réelles, puis leur torture pour leur extorquer des aveux bidons sont devenus monnaie courante. Mais dans certains cas, il faut chercher la cause réelle de ces enlèvements pour découvrir à quel point l'Ukraine est prête à tout pour dissimuler les cadavres qu'elle a dans ses placards.

Mi-août des informations sont parues en russe, indiquant qu'une femme de 29 ans, Darya Mastikasheva, vivant en Russie, avait été enlevée puis torturée par le SBU en Ukraine, alors qu'elle rendait visite à sa mère et à son fils.

Les premiers posts sur les réseaux sociaux se focalisaient sur elle, son triple titre de championne d'Ukraine de Taekwondo, ainsi que sa vie en Russie. L'Ukraine avait-elle décidé de faire de Darya un exemple pour tous les autres Ukrainiens qui osaient vivre chez « l'agresseur » ? C'est ce que laissaient penser les premières informations dont nous disposions.

Puis RT en russe a publié un article soulignant que Darya est la compagne de Sergueï Sokolov, expert au centre d'information fédéral Analyse et Sécurité à Moscou, et que sa capture et les tortures qu'elle a subies seraient en lien avec des enquêtes que mène son compagnon sur les connexions entre le SBU et le crime organisé (dixit Sokolov lui-même). Le SBU aurait même exigé de lui une rançon d'un million de dollars pour libérer sa compagne.

Tentative de le faire taire ou de s'enrichir sur le dos de Sokolov ? Pourquoi prendre autant de risques en enlevant la femme d'un homme russe aussi connu et potentiellement influent que Sergueï Sokolov ? Et surtout, un homme qui s'oppose à Poutine ? L'ennemi juré de l'Ukraine. Quelque chose semblait manquer dans l'explication fournie. Mais je n'arrivais pas à mettre le doigt dessus.

Cette histoire sordide aurait pu en rester là et s'effacer des mémoires, comme beaucoup d'autres personnes enlevées et torturées par le SBU. Et alors que des personnes comme Vadim avaient fait appel à des organisations de défense des droits de l'homme en vain, de manière surprenante, le 15 septembre 2017, Human Rights Watch a publié un rapport sur ce que le SBU a fait subir à Darya.

Pourquoi HRW a-t-elle mis à peine un mois à parler de l'histoire de Darya, alors que celle de Vadim est en attente depuis un an ? Est-ce lié à la personne même de Sokolov, qui est un homme d'opposition connu en Russie et ailleurs, et qui a travaillé pour des gens importants en Russie ? Quoi qu'il en soit, quelque chose ou quelqu'un a poussé HRW à rédiger un rapport sur Darya à une vitesse assez rare pour être soulignée.

Ce rapport de HRW m'a poussée à replonger dans l'histoire de Darya, et trouver la raison derrière son arrestation arbitraire. Le nom de son compagnon me rappelait quelque chose, mais où l'avais-je vu ? Je vois défiler tellement d'informations sous mes yeux chaque jour que je n'arrivais plus à retrouver l'endroit où j'avais vu le sien.

Et alors que je discutais du cas de Darya avec un ami qui m'aide dans mes recherches sur le MH17, et qui a une mémoire phénoménale, il me rappelle alors que Sergueï Sokolov a enquêté sur le MH17 ! Il avait même été interviewé, entre autre par la BBC, concernant les résultats de ses recherches, qui concluaient à l'absence de toute trace de missile BUK sur le site du crash, et à la culpabilité de l'Ukraine et de la CIA dans le crash du MH17.

C'était justement dans un documentaire dédié au MH17 que j'avais vu apparaître Sokolov, à présent cela me revenait. Il avait montré une énorme quantité de documents à la BBC, qui n'avait gardé que cette vidéo, que Sokolov lui-même juge douteuse, prise soi-disant à l'intérieur d'un lanceur de missile BUK ukrainien, et dans laquelle on voit que l'équipage a échoué à faire partir le missile.

Voilà de quoi justifier aux yeux des autorités ukrainiennes l'enlèvement en pleine rue, la détention illégale et les tortures infligées à Darya. Après l'arrestation de sa compagne, Sergueï Sokolov se retrouvera d'ailleurs fiché dans le purgatoire du site Mirotvorets, pour « propagande anti-ukrainienne » et « manipulation d'informations d'intérêt public ».

Grâce au rapport d'HRW, à l'article de RT et à un article de OffGuardian, nous pouvons reconstituer le déroulement des événements.

Darya est en visite chez sa mère pour la voir, elle et son fils, en périphérie de Dnipro, lorsque le 15 août, à 14 h, sa voiture est entourée par deux grosses voitures noires, d'où sortent quatre hommes armés et masqués, qui crient « Police » « SBU » en frappant sa voiture avec leurs armes.

Ils tirent Darya de sa voiture, la jettent au sol, la menottent, lui mettent un masque sur la tête et la poussent dans l'un des véhicules. Il faut se rappeler pour la suite qu'à partir de ce moment, le SBU a un accès libre à la voiture de Darya. Dès qu'elle se trouve dans leur véhicule, ils commencent à la frapper, à l'estomac, à la poitrine et à la tête, sans dire ce qu'ils lui veulent.

Ils conduiront ainsi pendant plusieurs heures avant de l'amener dans le sous-sol d'un bâtiment apparemment abandonné. Ils lui retirent alors le masque et la tortureront là toute la nuit, entre autre en lui mettant un sac plastique sur la tête pour la faire suffoquer jusqu'à l'évanouissement. Malgré ces tortures terribles, Darya refuse d'obéir à leurs ordres et d'admettre des crimes qu'elle n'a pas commis face à une caméra. Comme dans le cas de Vadim, c'est en menaçant de s'en prendre à ses proches que les officiers du SBU parviendront à leurs fins. Après qu'ils aient menacé de s'en prendre à sa mère et à son fils, Darya accepte.

Ils lui donnent alors à mémoriser un texte disant qu'elle est un agent du FSB, et qu'elle est venue en Ukraine pour recruter des vétérans de la guerre dans le Donbass pour commettre des attaques terroristes en Russie, ce qui permettrait au FSB d'en faire porter la responsabilité à l'Ukraine (le SBU essayant ainsi d'accuser le FSB de ce qu'ils font eux-mêmes). Le chef du SBU, Vasyl Grytsak, montrera cette vidéo le 17 août, lors d'une conférence de presse où il accuse Darya et un autre Ukrainien, Alexandre Karataï (torturé comme Darya), de haute trahison, de travailler pour les services secrets russes et de détention illégale d'armes.

Mais comment prouver cette détention d'armes ? Très simple : en les cachant dans la voiture de Darya à laquelle le SBU a accès. Dès le lendemain de son arrestation, le SBU l'amène en voiture à leur quartier général à Dnipro, puis à un parking où se trouve sa voiture. Bien entendu quand ils cherchent à l'intérieur, ils trouvent des grenades, des explosifs, des détonateurs, des cartes de Russie, et des cartes mémoires qui n'appartiennent pas à Darya, mais qu'ils n'ont eu aucun mal à placer là pendant qu'ils la torturaient dans le sous-sol. Puis ils la ramènent au quartier général et la gardent toute la nuit dans leurs cellules de détention préventive.

Darya ne verra un avocat que le 17 août au soir. Elle rétracte alors sa confession en disant qu'elle ne l'avait faite qu'après avoir été torturée et sa famille menacée. Le 18 août, une cour de Dnipro ordonne la détention de Darya jusqu'au 16 octobre, le temps que l'enquête se fasse (ou que le SBU fabrique de nouvelles preuves). Son avocat lâchera l'affaire au bout de quelques jours, après avoir reçu semble-t-il des menaces du SBU.

La mère de Darya n'a pas su où était sa fille pendant presque deux jours. Ce n'est qu'aux environs de minuit le 16 août, que des officiers du SBU sont venus pour perquisitionner la maison, sans mandat de perquisition, pourtant exigé par la maman de Darya. Ils fouilleront la maison jusqu'à 3 h 30 du matin, et ne partiront qu'après avoir extorqué les économies de la mère de Darya.

Le 17 août, elle arrive enfin à voir sa fille, lorsque le SBU emmène Darya à l'hôpital pour passer des examens. Le SBU dira à l'hôpital qu'elle n'a été arrêtée que le jour même, ce qui permet au rapport du médecin de conclure que les blessures de Darya sont antérieures à l'arrestation. La mère de cette dernière a alors le temps de la prendre vite fait en photo avec son téléphone. La photo montre clairement des bleus, des œdèmes et des abrasions sur le visage de Darya, son œil droit est gonflé, bleu et presque totalement fermé. Son cou et ses bras montraient aussi des hématomes, et elle n'arrivait pas à marcher seule d'après sa mère. D'après le OffGuardian, l'examen aurait aussi montré que Darya était devenue sourde d'une oreille (certainement à cause des coups répétés qu'elle avait reçus sur la tête).

D'après le nouvel avocat de Darya, cette dernière n'a toujours pas reçu de soins médicaux appropriés pour soigner les blessures qu'elle a reçues lors de cette nuit de tortures, et qu'elle garde des séquelles.

De manière étrange, le rapport d'HRW ne mentionne même pas le compagnon de Darya, ni son nom, ni son travail. Aucun lien n'est fait avec ce qui peut expliquer cette arrestation. Pourquoi ? HRW aurait-elle peur que les gens fassent le lien entre Darya et l'enquête de son compagnon sur le MH17 qui a conclu à la culpabilité de l'Ukraine ? Que les gens commencent à se poser des questions sur les conclusions de l'enquête officielle ?

Car si ces dernières sont justes et étayées par des faits, pourquoi enlever et torturer Darya ? Si ce n'est pour faire taire la vérité sur cette catastrophe, qui a coûté la vie à 298 innocents...

Christelle Néant

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