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La revue - De quoi Mélenchon est-il le nom ?

Cela spécule sec, au pays de la liberté : les élections présidentielles battent leur plein, mais les boules puantes l'emportent de loin sur les analyses de programmes. Plutôt gauche, plutôt droite ? Un petit nettoyage métapolitique s'impose, afin d'y voir plus clair sur les enjeux pour le pays.

D'une part, l'opposition séculaire gauche-droite est un leurre puisqu'elle suppose le choix entre des normes invisibles et des cache-misères sociétaux. Plus de marché, moins de marché... voire mieux de marché, selon la subtile formule consacrée. On passera outre les multiples promesses des lendemains qui chantent des candidats, insistant plutôt sur ce qui semble constituer le véritable point de clivage actuel : l’État.

Moins d’État, ou plus d’État ? De l’État, tout court ! Point d’État (faute de souveraineté), pas de volonté générale (faute de pouvoir). Les vieux renards de la politique l'ont bien compris, parmi lesquels ceux qui ne font que proposer ce qu'ils savent d'avance incapables de réaliser. L'impuissance programmée est-elle un mensonge à part entière ? Question philosophique, effets cyniques et dégâts collatéraux sur un électorat désabusé.

Futur coupable potentiel : le candidat des « Français insoumis », Jean-Luc Mélenchon (JLM). Puisqu'il n'y a que les imbéciles qui ne chantent pas d'avis, l'ancien apparatchik du Parti socialiste peut s'absoudre de ses péchés de jeunesse et avouer son soutien passé au traité de Maastricht sans y voir aucune contradiction avec son « souverainisme de gauche » actuel.

Souverainiste, vraiment ? Gauche de conviction, mais aussi d'action ? Invité récent d'une émission politique de grande antenne, le jeu des questions-réponse a pour but attendu d'apporter un certain éclairage sur les mesures pratiques de son programme. Une réponse tout en nuance de l'intéressé, pour le moins.


Pour le journaliste, les propos de JLM paraissent d'une pureté cristalline. Qu'en sonde l'intuition des lecteurs (auditeurs) ? Arrêtons-nous un instant sur le sens et les implications de ces propos, tout en supposant qu'ils expriment au mieux la démarche du candidat et ne résument pas seulement l'opinion d'un soir qui ne demanderait qu'à être contredite le lendemain. Car comment se fier à un homme d’État, sans un minimum de cohérence dans la durée ? A question simple, réponse très complexe. Rappel des termes de ce petit dialogue baroque :

Le journaliste : « Vous organiserez donc un référendum si vous n'obtenez pas gain de cause à Bruxelles. (...) Si les Français disaient non à cette sortie de l'Europe, est-ce que vous démissionneriez ? ».

JLM : « Si j'ai recommandé de voter non, et que les gens votent oui, évidemment ...

Le journaliste : « OK ».

JLM : « Je ne suis pas, moi, de ces présidents qui, après avoir organisé des référendums qu'ils perdent, restent. Disons que, je serai plus le genre De Gaulle que Chirac ».

Le journaliste : « Très clair ».

Très clair, vraiment ? Rien n'est clair ici, sinon pour le journaliste visiblement acquis par avance à la cause de son répondant. Il y a au moins deux raisons de n'y rien comprendre. D'une part, JLM répond « en biais » puisqu'il inverse les termes de son questionneur. Ainsi, le journaliste suppose tout d'abord que le candidat est pour le Frexit et que, par conséquent, un refus par les Français du vote oui au référendum impliquerait la démission du président de la République.

Réponse de l'intéressé ? Indirecte, puisqu'il corrige d'emblée l'hypothèse du journaliste selon laquelle il serait pour le Frexit. Correction permise, certes, mais quelle correction ! On vous demande ce que vous ferez s'il ne pleut pas, et vous répondez ce que vous ne ferez s'il pleut ... réponse inexacte, parce qu'insuffisante. Question de logique.

D'autre part, sa réponse est une affirmation conditionnelle: « si j'ai recommandé de voter non ». On devine l'intérêt d'une telle réponse édulcorée, aussi alambiquée soit-elle : insister sur l'attitude « gaullienne » du candidat, contraire à celle d'un Chirac après le succès du non au référendum de 2005. Résumé de la situation : si le peuple n'est pas d'accord avec un hypothétique président Mélenchon, alors Mélenchon en tiendra compte et démissionnera aussitôt. Parfait. Beau geste.

MélenchonMais l'essentiel n'est pas là : que pense le candidat JLM du Frexit ici et maintenant, en ce soir du jeudi 23 février ? Personne ne peut le dire, car tous les logiciens en herbe vous expliqueront qu'un locuteur peut affirmer la vérité d'un conditionnel sans avoir besoin d'affirmer la vérité de son antécédent (le premier terme A, dans la proposition « si A, alors B »). Un exemple : s'il pleut, alors la route est mouillée. Cela ne dit pas qu'il pleut.

Alors quoi : JLM pour le Frexit ? JLM contre le Frexit ? « Ni l'un ni l'autre, bien au contraire », selon l'expression anthologique de Jean Lecanuet, ancienne langue de bois historique du MRP (Mouvement Républicain Populaire, parti favorable au fédéralisme européen). Tout et rien à la fois, puisqu'une réponse conditionnelle a pour avantage de n'engager en rien celui qui la prononce. Il n'est pas interdit d'imaginer les trois scenarii et d'en tirer des conclusions pratiques, cela dit.

Supposons d'abord que JLM soit pour le Frexit. Dans ce cas, il a corrigé la formulation de la question du journaliste afin d'insister à nouveau sur sa stature gaullienne... et de noyer le poisson sur la question de sa position. De plus, cela impliquerait que le fameux « plan A » de son programme a échoué et que les tentatives de « refondation sociale et écologique » du Traité de l'Union européenne n'ont abouti à rien.

C'est à vrai dire ce qui a toutes les chances mathématiques d'être le cas, puisque seul un accord unanime de tous les États-membres le permettrait (article 48 du TFUE). Pour qui conçoit que le Luxembourg ou Malte acceptent de perdre leurs prérogatives financières, soit, pour qui envisage que les pays de l'Est soutiennent l'idée d'une relocalisation des usines qu'ils accueillent sur leurs territoires, passe encore. Tout est permis en effet, pour qui croit à la suprématie du volontarisme en droit international. Dans le cas contraire, les plus raisonneurs rétorqueront que le « plan A » est une perte de temps et justifie l'application immédiate d'un plan Frexit. Mais à quoi bon voter Mélenchon ? Nous y reviendrons plus bas.

Supposons ensuite que JLM soit contre le Frexit. Tout le crédit de son programme réside dès lors dans le succès de son « plan A ». Si celui-ci ne mène à rien, comme nous le prévoyons de façon quasi-mathématique, deux options seront envisageables en cas d'application du « plan B » : les Français votent oui au référendum sur le Frexit, et JLM démissionne à peine élu, les Français votent non, et le pays repart pour un mandat de tour de vis libérale. Hollande ne s'était-il pas intronisé « ennemi de la finance », après tout ? On sait qui les promesses électorales engagent.

Supposons enfin que JLM ne soit ni pour ni contre le Frexit, en l'état actuel des choses. Cela implique qu'il ne prend aucun engagement avant le résultat final du « plan A », et que la question du journaliste ne le force à admettre rien d'autre qu'un simple principe de cohérence « gaullien ». Conclusion : quiconque soutient JLM remet son avenir entre les mains des futurs négociateurs du « plan A ». Autant dire qu'une telle attitude constitue un mixte de foi militante et de cynisme politique : promettre de faire au mieux, selon les aléas des circonstances. Constat d'impuissance, au nom du peuple. Il y a des cocus qui aiment à gémir sur leur statut ...

De quoi JLM est-il donc le nom, et quel enseignement tirer de sa non-réponse ci-dessus ? Ancien trostkyste, habitué à la méthode de l'entrisme pour noyauter les partis, bonne formation en la matière, si elle peut s'appliquer jusqu'à Bruxelles ? Aucune chance de phagocyter la Commission Européenne, et chaque mélenchoniste le sait trop bien sans trop se l'avouer.

Mais l'ignorance de l'histoire des forces politiques et économiques en présence n'empêcheront jamais les faiseurs de promesse de dormir sur leurs deux oreilles. Bien au contraire. Alors pourquoi soutenir mordicus un « plan A » voué à l'échec ? Pour la même raison qu'un bon nombre de Français, toujours envoûtés par les promesses d'une « fédération des États-Unis d'Europe ». Du pain, du travail, de la paix.

Car JLM est et reste un internationaliste, avant tout : que l’État défende la veuve et l'orphelin, mais sans pertes ni fracas. Plus d'OTAN pour aujourd'hui, mais l'espoir d'un gouvernement mondial pour demain. Équitable, social, pacifiste. Une mondialisation heureuse, le libéralisme en moins. Une chimère pour les uns, un espoir électoral pour les autres, celui d’insoumis de façade. Insoumis utiles, au sens de Lénine.

Par Souzdaleko, pour DONi Press

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Comments: 4 Comments

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Comments

  • Comment by Charly on 4 Mar 2017

    Vous oubliez le point fondamental du passage à la 6ème république - que ne veux absolument pas marine le pen, ni macron, ni fillon -, avec la création d'une constituante faite et conduite par le peuple.
    Cette nouvelle constitution populaire définira les nouvelles orientations patriotiques - ce qu'est mélenchon - envers l'UE et, surtout, l'ONU.
    Les traités européens seront validés ou invalidés par le peuple et non plus par un monarque.
    En rappel, mélenchon n'est que le représentants de la France Insoumise. Le programme est le résultats de milliers de citoyen-ne-s s'étant concertés, il n'est pas un programme d'appareil.
    Sa première directive étant justement de suspendre et de se retirer de tous les traités européens, et Tafta, Ceta...
    Et très concrètement, Jean-Luc Mélenchon souhaite ardemment la paix sur le continent et la fin de la guerre civile en Ukraine. Sous mandat de l'ONU.
    Enfin la comparaison avec Tsipras est légère et fausse : la France n'est pas la Grèce en terme de poids économique européen et de puissance mondiale. Le monde ne peut pas faire fi de nos décisions si nous le voulons.

    De fait, en ne faisant par part de ces orientations, votre article ne donne qu'une vision partiale de la France Insoumise.

  • Comment by [email protected] on 1 Mar 2017

    Merci pour votre analyse !!! Marine Le Pen a le même problème que Melanchon, au sujet de l'UE. A Bruxelles tout est cadenassé. C'est bien ce que vous dites ! Donc nous sommes écoeurés, je ne voterai pas pour ces menteurs ! J'attends la Révolte ( qui sera aussi récupérée ?) Macron c'est l'UE les US, l'impérialisme au pouvoir mondial !

  • Comment by Régis on 11 Mar 2017

    Merci pour cette analyse et en réponse au commentaire précédent, il ne reste plus qu'une seule solution : sortir de l'U.E. par l'article 50. C'est ce que propose un candidat ayant obtenu ses 500 parrainages : François Asselineau.
    J'invite d'ailleurs l'auteur de l'article, Souzdaleko, à faire un papier sur F. Asselineau pour ainsi valider ou invalider son programme de sortie de l'U.E. et d'un retour à une souveraineté nationale qui permettrait à la France de ne plus être saignée à blanc au seul profits des banksters et de l'oligarchie mondialiste. Merci à tous.

  • Comment by gobert christophe on 18 Mar 2017

    le marocain franc maçon mélanchon , qui n'aime pas les blonds aux yeux bleu se la joue gogoche du peuple , mais n'est pas george marchais qui veut

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