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La Rada vote un projet de loi criminalisant ceux qui ne parlent pas (ou mal) l’ukrainien

Parlement ukrainien

Ce projet de loi voté en première lecture impose aux dirigeants, et officiels du pays de parler couramment l’ukrainien, et veut punir pénalement ceux qui « maltraitent » la langue ukrainienne.

Après avoir retiré à la langue russe son statut de langue officielle dans certaines régions où les russophones sont majoritaires, imposé l’enseignement en ukrainien, Kiev poursuit son projet d’épuration linguistique et ethnique du pays.

Car on ne peut appeler ce processus autrement. Il s’agit d’un ethnocide, une ukrainisation de force, encore pire que celle qui fut imposée par les Soviétiques après la création de cet État artificiel qu’est l’Ukraine !

Il faut rappeler, qu’à l’instar d’autres pays dans le monde, l’Ukraine est multi-ethnique, et que plusieurs langues cohabitent dans le pays, dont l’ukrainien, le russe, le hongrois, et le roumain.

Tenter d’imposer une seule de ces langues à tous les habitants, en faisant fi des spécificités ethniques et régionales n’est qu’une forme de fascisme qui ne dit pas son nom.

Faisons une comparaison simple, avec des pays qui ont plusieurs langues nationales. Si la Suisse ou la Belgique, enlevait le statut de langue nationale au français, puis interdisaient à leurs citoyens des régions/cantons francophones de recevoir un enseignement en français, avant de les pénaliser s’ils ne parlaient pas correctement le flamand ou le suisse allemand, la population serait déjà dans la rue, et Amnesty International ferait un scandale sur tous les plateaux TV.

Si la Russie interdisait aux Tatars de Crimée de recevoir un enseignement dans leur langue, l’ONU serait déjà sur la brèche et une pluie de sanctions s’abattrait sur Moscou. Mais quand c’est l’Ukraine, on tolère ce fascisme 2.0. Ou l’art du double standard.

Regardons de plus près ce projet de loi pour comprendre à quel point l’Ukraine est devenu un État fasciste, y compris sur le plan linguistique.

Ce projet de loi, impose aux dirigeants du pays, officiels, enseignants, docteurs, etc, de parler couramment la langue ukrainienne. Dans le même temps, toute tentative d’introduire le multilinguisme en Ukraine sera considérée comme une incitation au séparatisme linguistique, à la confrontation interethnique et au renversement de la constitution. Rien moins que ça !!!

En clair, toute personne russophone sera discriminée pour accéder aux postes officiels, au monde politique, à l’enseignement ou à la pratique de la médecine. Les russophones, les Hongrois et les Roumains ethniques, deviendront des citoyens de seconde zone, et ne pourront plus accéder aux postes qui leur permettraient de faire entendre leur voix dans l’arène politique. En clair, ils seront purement et simplement effacés de la scène publique, comme s’ils n’existaient pas !

Remplacez l’obligation de parler couramment l’ukrainien par « être de race aryenne », et replongez dans un livre d’histoire à propos des lois édictées en 1933 par les Nazis pour empêcher les juifs d’accéder un certain nombre de professions, et vous comprendrez pourquoi les autorités ukrainiennes post-Maïdan sont qualifiées de fascistes ou de néo-nazies !

Car il ne faut pas s’y tromper, cette loi sur la langue ukrainienne n’est ni plus ni moins que l’équivalent ukrainien des lois édictées par les Nazis en 1933 et après. La seule différence est que les juifs d’alors ont été remplacés par les russophones (qui comportent une forte proportion de Russes ethniques), les Hongrois et les Roumains.

Mais ce projet ne s’arrête pas là, il prévoit aussi des mesures pour « protéger la langue ukrainienne », entre autres en introduisant un délit « d’humiliation publique et de non-respect » de l’ukrainien (sic), punissable d’amende et même de peines de prison !

Les amendes prévues pourront aller jusqu’à 50 fois le revenu minimum non imposable pour les simples citoyens (soit 850 hryvnias) et six mois d’emprisonnement, ou jusqu’à trois ans de prison.

Pour les officiels qui ne parlent pas ukrainien au sein des structures d’État, des autorités locales, des entreprises ou autres lieux, l’amende pourra être de 200 à 400 fois le revenu minimum, et si des violations dans l’utilisation de la langue ukrainienne ont lieu à la télévision ou à la radio, les amendes grimperont entre 500 et 600 fois le revenu minimum.

En clair, si vous faites trop de fautes en ukrainien vous pouvez finir en prison ! Ceci n’est pas une blague, c’est un projet de loi voté en première lecture par le parlement ukrainien à Kiev !

Le projet de loi prévoit aussi un certain nombre d’autres sanctions administratives, et durcit les règles de quotas pour la télévision et la radio, n’autorisant que 20 % de programmes en langues étrangères pour les chaînes couvrant plus de la moitié du pays, et 10 % pour les autres.

Ce projet de loi fasciste et liberticide a suscité une réaction immédiate en République Populaire de Donetsk (RPD), par la voix de Mikhaïl Jeltiakov, ministre par intérim de la Culture.

« Aucun pays au monde ne viole les droits de l'homme comme l'Ukraine. Dans certaines régions d'Ukraine, 50 % de la population est russe, et environ 90 % pensent et parlent en russe. Adopter de telles lois et prévoir également une peine d'emprisonnement pouvant aller jusqu'à trois ans pour le non-respect [de la langue ukrainienne NDLR] est de la folie », a déclaré le chef du ministère de la Culture.

Mikhaïl Jeltiakov a rappelé que même Taras Chevtchenko, qui est considéré comme un auteur classique ukrainien, a écrit ses mémoires et ses notes exclusivement en langue russe !

Voter cette loi, sur fond de confrontation avec la Hongrie concernant la Transcarpatie, ne va pas arranger les relations de Kiev avec Budapest, ni améliorer la cohésion du pays. Bien au contraire. Plus l’Ukraine vote ce genre de lois, plus elle accélère sa désintégration, en creusant de plus en plus le fossé qui sépare les différentes ethnies constitutives du pays.

Les autorités issues du coup d’État du Maïdan semblent n’avoir toujours pas compris que pour maintenir la cohésion d’un pays multiethnique il faut respecter ses minorités et non les brutaliser et les opprimer. Cette recette-là jouant sur l’ultra-nationalisme et les tensions interethniques ne mène qu’à une chose : l’éclatement du pays le long des lignes de fracture ethniques et linguistiques.

Si elle continue sur cette voie, l’Ukraine redeviendra ce qu’elle était avant que les Soviétiques ne créent le pays : une constellation de régions appartenant aux pays voisins.

Christelle Néant

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